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REVIEW TOPPER | ELVIRA’S HOUSE OF HORRORS

· Lazarvs

REVIEW TOPPER | ELVIRA’S HOUSE OF HORRORS

Elvira’s House of Horrors arrive en septembre 2019 et c’est un succès. Un an plus tard, Stern lui colle une crypte sur la tête et demande 999,99 dollars pour repartir avec. Et là, c’est pas la même ! Beh oui, retour vers le futur du passé à la forme passive du subjonctif imparfait : en 2020, le chiffre fait autrement plus mal qu’aujourd’hui.

À cette époque, le topper à quatre chiffres n’est pas encore devenu la norme de ce curieux accessoire que Stern peut désormais vendre jusqu’à 1 999,99 dollars sur un flipper comme Foo Fighters. Lorsque le topper Elvira sort, les 999,99 dollars provoquent donc l’ouverture immédiate d’une cellule de crise au sein de la communauté. « Mais ils se foutent de nous ! », « Tant qu’il y aura des pigeons pour acheter ! », « Ce sont des malades, jamais ils n’en vendront ! », « 1 000 balles pour un bout de plastique ! », « C’est plus cher qu’une PS5 ! » Et bla, et blabla, et reblablabla.

Une fois de plus, la communauté réagit avec les tripes avant de sortir la calculatrice. 1 000 dollars pour un topper, oui, c’est cher. Très cher même. Mais êtes-vous obligé de l’acheter ? Non. Est-ce que son existence augmente le prix du flipper que vous possédez déjà ? Non plus. Stern propose un accessoire facultatif à un tarif délirant pour certains et acceptable pour d’autres. Le marché fera ensuite ce qu’il fait généralement très bien : décider s’il existe suffisamment de clients pour l’acheter.

Et surtout, comparer son prix à celui d’une PS5 n’a aucun sens. Les volumes de production, les marchés, les coûts de développement, les chaînes industrielles et les économies d’échelle n’ont rien à voir. Mettre côte à côte « 1 000 dollars de topper » et « 500 dollars de console » donne simplement deux nombres faciles à comprendre. Techniquement, la comparaison ne démontre rien. Médiatiquement, en revanche, elle fonctionne merveilleusement bien.

Parce que la technologie n’est même pas le sujet. Le sujet, c’est votre réaction. Une PS5 contient un processeur, un GPU, de la mémoire, un SSD, une alimentation, une manette et suffisamment de technologie pour que votre crypte lumineuse à 1 000 dollars paraisse soudainement avoir été fabriquée par un artisan tibétain entre deux chèvres. Parfait. Votre cerveau vient de recevoir exactement l’information dont il avait besoin pour conclure en trois secondes que Stern se fout de votre gueule.

Et c’est ainsi que naissent les magnifiques raccourcis intellectuels dont les réseaux sociaux raffolent. Une comparaison absurde, deux prix, une indignation immédiatement compréhensible, quelques centaines de commentaires et la machine est lancée. Pendant que tout le monde explique que personne n’achètera jamais ce truc, Facebook compte tranquillement l’engagement.

Sauf que quatre ans plus tard, Stern vendra des toppers encore plus chers.

Alors regardons ça de plus près. D’abord pour ce qu’il fut, un instant T où Stern commence à tester jusqu’où peut aller la valeur perçue d’un accessoire officiel sur une machine particulièrement désirée. Ensuite pour ce qu’il est devenu, un accessoire dont plus personne ou presque ne remet en cause la légitimité d’exister. Le débat s’est déplacé. On ne se demande plus vraiment pourquoi Stern vend des toppers, mais combien Stern va oser demander pour le prochain.

Pour le pognon, en revanche, le voyage dans le temps n’a rien changé : 999,99 dollars, ça reste cher. Très cher. Maintenant qu’on a rangé les fourches, éteint Facebook et laissé la PS5 tranquille, il reste donc quelque chose d’assez simple à faire : regarder ce qu’on avait réellement pour 1 000 balles.

1 000 DOLLARS, MAIS POUR QUOI ?

Pour comprendre pourquoi les 999,99 dollars ont autant fait gueuler en 2020, il faut regarder ce que Stern venait de proposer juste avant. Black Knight: Sword of Rage avait lui aussi reçu son topper officiel. Tarif : 499,99 dollars. Et pour moitié moins cher, le machin n’était pas franchement timide. Le casque du Black Knight était animé, accompagné d’un light show à LED pulsées et intégré au jeu. Il venait prolonger la présence du personnage au-dessus du fronton avec sa voix et ses animations. Bref, pour 500 dollars, il y avait déjà de la lumière, du mouvement et un chevalier qui vous gueulait dessus et ce payé même le luxe d'un petit panache en plume noire sur le couvre-chef.

Puis arrive Elvira à 999,99 dollars.

Et là, en comparaison directe, difficile de prétendre que Stern vient de mettre deux fois plus de choses dans le carton. C’est même l’un des points faibles du topper lorsqu’on le replace réellement en 2020 plutôt que de le regarder avec nos yeux habitués aux tarifs actuels. Le prix double, mais la démonstration technologique, elle, ne double absolument pas. Le topper Black Knight est même plus démonstratif dans son animation. Celui d’Elvira mise sur autre chose : le décor, la taille, la licence et surtout son intégration esthétique exceptionnelle avec House of Horrors.

C’est important pour juger correctement le produit. À sa sortie, les 999,99 dollars ne peuvent pas être défendus uniquement par une liste de composants. Si votre unité de mesure est « combien de trucs bougent pour mon dollar », Black Knight vient de mettre une sacrée mandale à Elvira avant même qu’elle ait eu le temps de sortir de sa crypte.

BIENVENUE CHEZ LES DEADHEADS

Stern a repris la Deadhead Family Crypt, déjà présente sur le plateau de House of Horrors. Sur la machine, cette crypte est un véritable élément mécanique : sa porte peut bloquer l’entrée, s’ouvrir pour révéler le Deadhead à frapper ou laisser entrer la bille dans le mausolée. Le topper récupère donc quelque chose que le joueur connaît déjà et l’emmène au-dessus du fronton.

Visuellement, c’est beaucoup plus intelligent qu’un énième logo ELVIRA éclairé en rouge. On retrouve les gargouilles de la façade de la crypte, une stèle tombale qui s'ouvre pour laisser apparaitre Elvira qui hurle de terreur, les éclairages internes et cette esthétique de petit mausolée de fête foraine qui colle parfaitement à la machine. Il ne cherche pas à devenir le nouvel élément central d’Elvira’s House of Horrors. Il agrandit son décor.

Le topper est surtout piloté par la machine. La mise à jour 0.99.0 d’août 2020 ajoute explicitement les drivers, tests, lampes et bobine du topper, aussi bien en jeu qu’en attract mode. Ce n’est donc pas une veilleuse funéraire à 1 000 dollars qui répète la même séquence du matin au soir. Il possède ses comportements hors partie et ses réactions pendant le jeu.

L’attract mode est d’ailleurs important sur ce genre d’accessoire. Un topper passe statistiquement beaucoup plus de temps au-dessus d’un flipper qui attend son prochain joueur qu’au-dessus d’une partie en cours. Il doit donc également faire vivre la machine lorsqu’elle est simplement allumée dans une gameroom. Les éclairages et animations évitent ici l’effet gros morceau de plastique mort posé sur le fronton.

Pendant la partie, l’intégration devient plus contextuelle. Stern présente officiellement le topper autour de la Deadhead Family Crypt et des interventions d’Elvira au cours de la progression dans la House of Horrors. L’idée n’est pas de vous obliger à surveiller le plafond pendant que la bille descend plein centre, mais d’utiliser le topper comme une extension de la mise en scène. Et heureusement, parce que mourir en regardant la tombe s'ouvrir au-dessus de son flipper aurait quelque chose d’un peu trop conceptuel.

BLACK KNIGHT FAISAIT PLUS, ELVIRA FAIT MIEUX CORPS AVEC SA MACHINE

C’est finalement là que les deux toppers prennent des directions différentes. Black Knight cherche davantage la démonstration. Son casque animé, son éclairage pulsé en flamme et la présence du personnage attirent immédiatement le regard. Elvira est moins spectaculaire lorsqu’on l’isole du flipper. Posé seul sur une table, le rapport entre les deux tarifs devient même assez cruel. Mais un topper n’est justement pas fait pour être posé seul sur une table.

Une fois installé sur House of Horrors, Elvira reprend énormément de terrain. Le manoir occupe déjà tout le fond du plateau avec ses fenêtres RGB et son toit rotatif. Le topper vient fermer la composition tout en haut. Le regard part du plateau, remonte sur la maison, traverse le fronton et termine dans le mausolée. C’est moins « regardez ce que mon topper sait faire » et davantage « regardez ma machine ». Et avec le recul, j'aime beaucoup cette approche.

SIX ANS PLUS TARD, LES 999 DOLLARS N’ONT PLUS LA MÊME GUEULE

En 2020, Elvira était le topper à 1 000 dollars qui faisait hurler. Aujourd’hui, il est toujours officiellement affiché à 999,99 dollars chez Stern. Entre-temps, la barre psychologique qui paraissait délirante est devenue une étape dans l’évolution tarifaire du topper moderne.

Cela ne transforme évidemment pas 999,99 dollars en bonne affaire. Un prix ne devient pas raisonnable simplement parce que quelqu’un a trouvé le moyen de vendre encore plus cher ensuite. Mais notre référentiel a changé. Et surtout, Elvira a plutôt bien vieilli parce que son intérêt ne reposait pas uniquement sur un gimmick technique susceptible de devenir ringard cinq ans plus tard. Aujourd’hui encore, il fait son effet, tout comme Elvira.

Sur une House of Horrors, et encore davantage sur une LE, Signature ou Blood Red Kiss particulièrement chargée visuellement, il termine superbement la machine. Sans lui, Elvira reste évidemment Elvira. Avec lui, la silhouette paraît aller jusqu’au bout de son idée. La House of Horrors ne s’arrête plus au plateau ou au fronton, elle monte encore d’un étage et finit dans la crypte des Deadheads.

En 2020, on pouvait donc légitimement regarder Black Knight à 499,99 dollars, regarder Elvira à 999,99 dollars et se demander où étaient passés les 500 dollars supplémentaires. C’était même une excellente question. En 2026, la réponse est finalement assez amusante : ils n’étaient pas dans la technologie. Ils étaient déjà dans ce que Stern allait apprendre à vendre de plus en plus cher, la finition ultime d’une machine que son propriétaire possède déjà et qu’il a très envie de rendre encore plus spectaculaire.

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Lazarvs

L’auteur

Lazarvs

Fondateur de Pinball Xperience. Joueur. Collectionneur. Créateur. Le flipper comme jeu, culture et industrie. PLAY. LEARN. CONNECT.

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