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Tuto | Installer un shooter

· Lazarvs

Tuto | Installer un shooter
stern pinballpinball xperienceTuto flipperElvira's House of Horrors

Tuto | Installer un shooter

Hawkeye : Monsieur, je vois que vous êtes un buveur de bière. Accepteriez-vous de partager un martini avec moi ?

Trapper : Martini ? J’aimerais bien un martini.

Hawkeye : Ho-Jon, sers un martini à ce monsieur. Je pense que vous les trouverez à votre goût, ils sont bien secs.

Trapper : Vous ne mettez pas d’olives ?

Duke : Des olives ? Où vous croyez-vous, mon vieux ?

Hawkeye : Nous devons faire certaines concessions à la guerre. Nous ne sommes qu’à cinq kilomètres des lignes de front.

Trapper : Certes. Mais on ne peut pas vraiment apprécier un martini sans olives.

Trapper pose alors son verre, sort tranquillement de sa poche un petit bocal d’olives sous les yeux incrédules de ses hôtes et conclut :

« Sinon, ça n’est pas… tout à fait la même chose. »

M*A*S*H.

En 1970 sort le formidable M*A*S*H de Robert Altman, satire féroce, irrévérencieuse et terriblement drôle suivant une bande de chirurgiens militaires aussi brillants qu'indispensables lorsqu’il s’agit de sauver des vies mais absolument incapables de se conformer sérieusement au monde qui les entoure (tiens cela ne rappelle quelqu'un ?). Le film se déroule pendant la guerre de Corée, à proximité immédiate du front, dans un environnement où l’on pourrait raisonnablement imaginer que la présence ou l’absence d’une olive dans un martini ne figure pas tout en haut de la liste des problèmes à résoudre. Et pourtant, pour Trapper, elle compte. Non parce qu’elle est indispensable, mais parce que sans elle, ce n’est simplement pas tout à fait la même chose.

Quel rapport avec le flipper ? Eh bien presque aucun, si ce n’est que cette scène résume merveilleusement bien le sentiment que nous avons lorsque nous regardons notre Elvira’s House of Horrors Limited Edition avec son shooter d’origine. Il fonctionne parfaitement, remplit exactement la mission pour laquelle il a été installé et lance une bille chaque fois qu’on lui demande de le faire. Rien ne manque donc objectivement à notre flipper. Mais voilà, nous avons trouvé l’olive. Et maintenant que nous savons qu’elle existe, notre martini n’est soudainement plus tout à fait le même.

Et aujourd’hui, nous allons la mettre. (non, y pas de double sens... ben du coup si, un peu, si je le relève. Donc vaut mieux pas le relever... Hein ? J'ai écris à voix haute ? Eh merde...)

PIMP MY ELVIRA, LE RETOUR DE LA SUITE DU 1

Chose promise, chose due ! Nous vous avions annoncé une petite trilogie consacrée aux accessoires et mods plug and play, et nous poursuivons donc notre entreprise parfaitement rationnelle consistant à démonter des éléments parfaitement fonctionnels d’un flipper pour les remplacer par d’autres éléments parfaitement fonctionnels, mais beaucoup plus jolis. Après les Speaker Light Kits, nous allons cette fois nous attaquer au shooter, autrement dit au lance-bille, avec une installation suffisamment simple pour constituer une excellente première intervention lorsque l’on n’a pas encore l’habitude de mettre les mains dans sa machine.

Et pour cette deuxième étape, nous avons choisi la facilité absolue puisqu’aucun raccord électrique ne sera nécessaire. Il existe effectivement des shooters intégrant leur propre éclairage, comme certains modèles destinés à Jurassic Park, Stranger Things ou Avengers, mais leur installation impose alors un raccordement supplémentaire et leur tarif grimpe sensiblement en conséquence. Ces modèles peuvent utiliser différents effets lumineux, notamment par transparence ou électroluminescence, et permettent de pousser encore davantage l’intégration du shooter dans l’identité visuelle de la machine. Mais ça, c’est une autre histoire. Aujourd’hui, nous allons faire du bricolage accessible au commun des mortels : quelques vis, un shooter et normalement aucune possibilité raisonnable de provoquer un incendie.

CHÉ KI KI CÉ KI NOU FO KOMANDÉ POUR ?

Nous avons choisi le shooter officiel Stern destiné à Elvira’s House of Horrors. Logiquement, la première idée consiste donc à se rendre directement chez Stern pour commander la pièce. Sur le papier, l’équation semble d’une simplicité biblique : Stern commercialise le flipper, Stern propose l’accessoire, Stern possède une boutique et nous possédons une carte bancaire. Tous les éléments paraissent donc réunis pour qu’une transaction commerciale puisse avoir lieu dans des conditions à peu près normales.

À l’époque où nous avons réalisé cette installation, la réalité était un peu plus folklorique. Comprendre la disponibilité de certains accessoires Stern pouvait relever de l’archéologie commerciale : certaines références apparaissaient encore alors qu’elles étaient indisponibles depuis longtemps, tandis que d’autres existaient dans le circuit de distribution sans nécessairement être clairement proposées sur la boutique en ligne. Elvira’s House of Horrors étant sortie en 2019, trouver certains accessoires officiels demandait donc parfois davantage de recherches qu’on aurait pu l’imaginer.

Pour nous, Européens, un autre détail venait joyeusement participer à la fête. Commander une pièce directement aux États-Unis peut transformer un tarif initialement raisonnable en une addition nettement moins amusante lorsque viennent s’ajouter transport, taxes et éventuels frais d’importation. Nous avions donc préféré nous tourner vers nos revendeurs habituels jusqu’à trouver notre Saint-Graal. Ou plutôt, puisque nous avons désormais décidé de poursuivre cette métaphore jusqu’au bout, notre olive.

UNBOXING DAYYYYY !!!

Trois jours après notre commande, le colis arrive enfin. Et même lorsque l’on sait parfaitement qu’il ne contient rien d’autre qu’un lance-bille, il existe toujours cette excitation légèrement ridicule au moment d’ouvrir un nouvel accessoire destiné à son flipper. Les photographies permettent de se faire une idée générale, mais elles ne disent jamais réellement comment une pièce va rendre une fois entre les mains, et encore moins si la finition sera suffisamment convaincante pour prendre place sur une machine de cette gamme.

Dans notre cas, l’interrogation concernait surtout cette fameuse tête de clown. Une reproduction moyenne, un matériau trop cheap ou une peinture approximative auraient suffi à transformer l’accessoire en magnifique exemple de fausse bonne idée. Nous ouvrons donc le carton avec une certaine fébrilité et, bonne surprise, les premières impressions sont très positives. Le shooter est correctement emballé et protégé pour le transport, accompagné d’un petit guide d’installation relativement sommaire. Pour une fois, difficile toutefois de reprocher au fabricant l’absence d’un traité d’ingénierie : nous allons retirer trois vis avant de les remettre. Si vous exigez une documentation technique de 180 pages pour cette opération, le problème ne vient plus réellement de Stern.

Une fois le shooter sorti de son emballage, la qualité perçue confirme cette première impression. La matière est douce et agréable au toucher, l’ensemble semble solide, la peinture est proprement appliquée et nous ne constatons aucune bavure venant gâcher les détails du sculpt. En retournant la pièce, on distingue immédiatement les trois points de fixation qui permettront de la monter sur la caisse. Trois vis. Rien de plus. Vous sentez déjà monter cette douce sensation de compétence technique ? Profitez-en, elle ne durera pas nécessairement.

LES PRÉPARATIFS

Merlin: Alors déjà le bois je dis oui. Mais le tissu je dis méfiance.

Arthur: Pourquoi donc?

Merlin: Solidité.

Arthur: Soli… Solidité par rapport à quoi?

Merlin: Par rapport au bois. Autant un bois si vous le traitez correctement c’est un matériau qui vous lachera pas, autant le tissu une fois qu’il est usé y a plus rien à faire.

Arthur: Heu ouais. Oui non mais d’accord sauf que je m’en fous, ça m’intéresse pas là, on verra bien comment est ce qu’on les construit les plaques! Moi ce qui m’intéresse c’est de savoir si vous sauriez les enchanter pour qu’on puisse se dissimuler derrière.

Merlin: Ce que vous voudriez c’est quand vous passez derrière la plaque, bon en bois ou en tissu, ça on calculera ce qui est le mieux, vous disparaissez.

Arthur: … Voilà.

Merlin: Bah y a pas besoin de les enchanter pour ça.

Arthur: Comment ça mais évidemment que si.

Merlin: Bah non. Mettons que vous fabriquez vos plaques. Bon vous faites votre cadre en bois. Surtout tout derrière vous traitez bien le bois sinon dès qu’il pleut ça gonfle. N’oubliez pas que le bois est une matière vivante! Ensuite vous recouvrez le cadre. Alors soit avec du tissu, là je vous le conseille pas, soit avec de la petite plaquette en bois. Vous faites une sorte de plancher. Comme ça vous avez tout bois. Et là vous recouvrez le tout. Et là vous avez votre cadre. Bah regardez, mettons, mettons que ça c’est ma plaque. Hein. Regardez. Si je me mets derrière je disparais. (Arthur frappe Merlin avec la peau d’animal qu’il avait dans la main)

Soyons clairs : installer ce shooter ne demande pratiquement aucune compétence technique. Le plus compliqué sera presque d’ouvrir correctement le flipper, de retirer sa vitre et de relever son plateau. Pourtant, cette partie mérite que l’on s’y attarde car c’est justement lorsque les opérations paraissent évidentes que l’on peut oublier un détail capable de transformer une intervention de cinq minutes en magnifique moment de solitude.

Si vous avez besoin d'aide pour cette étape, référez-vous au tuto : comment lever son plateau de flipper.

Merlin: Ah d’accord mais y a pas besoin d’enchanter pour ça. Dans ce cas vous faites votre cadre en bois, vous traitez le bois, c’est impératif si vous voulez que ça tienne le coup. Et après vous mettez rien par dessus. Comme ça vous laissez ajouré, et à travers vous pouvez voir ce qui y a derrière… (Arthur frappe Merlin à mains nues)

Avant toute intervention, commencez par débrancher votre flipper de la prise secteur. Nous n’effectuons ici aucun raccordement électrique, mais prendre cette habitude dès que l’on commence à intervenir à l’intérieur d’une machine reste une excellente discipline. Le flipper n’est donc pas simplement éteint : il est débranché. Vous pouvez ensuite déverrouiller les loquets de la lockbar, retirer cette dernière puis sortir soigneusement la vitre avant de la placer immédiatement dans un endroit où elle ne risque ni de tomber ni de rencontrer un objet particulièrement enthousiaste.

ÉTAPE 2 | ON RETIRE LES BILLES

Certaines machines proposent dans leur menu de service une fonction permettant d’éjecter les billes. Si votre flipper en dispose, utilisez-la, elle vous simplifiera considérablement la tâche. Dans le cas contraire, la méthode décrite lors de notre installation consiste à passer par la coin door et à actionner manuellement le mécanisme de l’éjecteur afin de faire remonter les billes une par une dans la launch lane. Il ne reste ensuite qu’à les récupérer tranquillement depuis le plateau.

L’idée n’est pas uniquement de vous faciliter le travail. Une bille de flipper possède suffisamment de masse pour endommager un élément de décor lorsqu’elle traverse brutalement le plateau, et relever un playfield rempli de billes est donc une très mauvaise manière d’apprendre cette leçon. Prenez les quelques secondes nécessaires pour les retirer toutes et mettez-les de côté dans un récipient où elles ne pourront pas décider de poursuivre leur aventure sous un meuble de votre gameroom.

TROIS VIS ET C’EST MARRE !

Cette fois, nous y sommes. La bête est ouverte, le playfield relevé et le shooter d’origine devient parfaitement accessible depuis l’intérieur de la caisse. Une excellente nouvelle vous attend : trois vis seulement nous séparent de la victoire. Armez-vous donc d’un long tournevis cruciforme, avec une insistance certaine sur le mot « long », car vous comprendrez rapidement son intérêt lorsque vous tenterez d’atteindre la fixation située le long de la paroi de la caisse.

Nous vous conseillons de commencer par les deux vis les plus accessibles et de terminer par celle placée contre la caisse. Le léger jeu obtenu après avoir retiré les deux premières facilite l’accès à la dernière, qui est sensiblement moins agréable à atteindre. Et surtout, ne commencez pas à démonter tout ce que vos yeux croisent sous prétexte que vous êtes désormais lancé : les deux écrous inférieurs visibles dans cette zone n’ont pas besoin d’être retirés. Je sais, ils sont là, ils vous regardent, ils semblent presque vous inviter à sortir une nouvelle clé. Résistez.

Une fois les trois vis retirées, maintenez le shooter depuis l’extérieur et sortez-le doucement de son emplacement. Prenez maintenant le nouveau modèle, positionnez-le exactement à la place de l’ancien et réalignez ses trois points de fixation avec les trous de la caisse. Il ne reste plus qu’à remettre les vis et à serrer correctement l’ensemble, sans chercher à prouver votre virilité mécanique au tournevis. Le shooter doit être fermement maintenu, rien de plus.

Et voilà. C’est terminé. Vous venez officiellement d’installer un mod sur votre flipper avec trois vis et quelques minutes de travail. Vous avez parfaitement le droit de regarder vos outils avec une satisfaction totalement disproportionnée par rapport au niveau réel de difficulté de l’opération. Nous ne vous jugerons pas, nous faisons exactement pareil.

MÉTHODE ALTERNATIVE | POUR LES VÉLOCIRAPTORS

Maintenant, il existe une deuxième méthode pour les petits futés, les impatients et ceux dont les ongles semblent avoir été directement prélevés sur un vélociraptor. Plutôt que de déposer l’ensemble, vous pouvez simplement comprimer le ressort du shooter vers l’extérieur de la caisse afin de dégager la goupille, puis retirer celle-ci. Si vos attributs de prédateur du Crétacé ne sont finalement pas à la hauteur de vos ambitions, un chasse-goupille fera également très bien l’affaire et préservera au passage votre dernière manucure.

Une fois la goupille retirée, relâchez le ressort avec précaution, sortez la tige du shooter d’origine et remplacez-la par la nouvelle. Remettez ensuite le ressort en compression, replacez la goupille dans son logement et contrôlez que l’ensemble est correctement remonté et libre dans son mouvement. Vous venez de remplacer votre shooter sans avoir démonté son support.

C’est évidemment beaucoup plus rapide. Avec un peu d’habitude, l’opération sera même terminée plus vite que votre ado n’est capable de vous arracher son argent de poche des mains. Vous aurez à peine eu le temps de comprendre ce qui vient de se passer que le shooter sera installé, votre portefeuille sera vide et votre enfant aura déjà disparu dans une autre pièce.

Votre shooter est installé, jouez !

VERDICT ? DRIVE ME CRAZY !

Allez, on lance une bille. La première sensation est immédiatement agréable : le nouveau shooter offre une prise en main plus convaincante que le modèle d’origine, avec une forme plus généreuse et un contact qui donne davantage envie de le manipuler. Sur notre machine, nous avons également constaté que la résistance du ressort tombait plutôt bien avec le point de relâchement nécessaire pour réaliser le back door skill shot. Cela ne transforme évidemment pas le fonctionnement du flipper et nous n’allons pas essayer de vous vendre trois vis et une tête de clown comme une révolution technologique : fondamentalement, ce shooter fait exactement la même chose que celui qu’il remplace. Il lance une bille. En revanche, la sensation de contrôle nous paraît meilleure et l’objet est nettement plus plaisant à utiliser.

Visuellement, en revanche, la différence est considérable. La tête de clown apporte une personnalité que le shooter standard n’avait absolument pas et termine remarquablement bien une machine dont la direction artistique repose justement sur l’accumulation de petits détails. À la rédaction, nous avons toujours eu un faible pour ces accessoires qui ne changent rien au jeu mais qui donnent l’impression qu’une pièce manquait depuis le début. Ce shooter appartient exactement à cette catégorie. Il ne vous fera pas devenir meilleur, ne modifiera ni le layout ni le ruleset et ne vous fera pas mystérieusement exploser votre high score. Il est donc, d’un point de vue strictement rationnel, parfaitement dispensable.

Et c’est là que Trapper revient nous chercher. Son martini était déjà parfaitement buvable avant qu’il sorte son petit bocal de sa poche. Il ne manquait rien d’essentiel, personne n’allait mourir faute d’olive et la guerre de Corée pouvait manifestement continuer sans elle. Mais sans cette foutue olive, ce n’était simplement « pas tout à fait la même chose ». Notre Elvira fonctionnait parfaitement avec son shooter d’origine et pourtant, maintenant que cette tête de clown est installée sur la caisse, revenir en arrière donnerait exactement cette sensation. Le martini était déjà bon. Il manquait simplement l’olive.

Voilà pourquoi nous aimons ce genre de mod. C’est parfaitement inutile, donc absolument indispensable.

Merlin: De façon je sais pas non plus enchanter des objets. (Arthur roule des yeux, affligé) (noir) Par contre quand vous aurez fabriqué vos cadres vous me les passez je vous les traite !

Lazarvs

L’auteur

Lazarvs

Fondateur de Pinball Xperience. Joueur. Collectionneur. Créateur. Le flipper comme jeu, culture et industrie. PLAY. LEARN. CONNECT.

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