Tim Sexton ouvre le feu sur l’industrie du flipper : l’ancien de Stern frappe juste sur le fond, vise de travers sur ses cibles
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Tim Sexton : Le Baba Yaga du flipper sort de l'ombre et dégaigne contre l'industrie
Environ sept ans au sein de Stern Pinball, des crédits sur Black Knight: Sword of Rage, Led Zeppelin et John Wick : Tim Sexton a vu l'envers du décor d'une industrie qu'il accuse de ressasser son passé et de tourner le dos à ses joueurs. Sur ce grief, les faits lui donnent largement raison : reprises facturées presque au prix du neuf, lancement bâclé, programme de salon adossé aux licences et aux héritages, le tout sous la signature des leaders du marché. Ses flèches contre Keith Elwin et Steve Ritchie, en revanche, tombent à côté.
« Is it just me or does it feel like there's a huge disconnect between the pinball industry and the pinball community? » (« C'est moi, ou un énorme fossé sépare l'industrie du flipper de sa communauté ? ») Tim Sexton lâche la question sans précaution oratoire. Dans sa prise de parole, l'ancien développeur de Stern vise la communication des fabricants, le recyclage des anciennes machines, la programmation du Pinball Expo et l'incapacité du secteur à servir du neuf. Le ton est caustique, le moment bien choisi. Le Pinball Expo 2026, tenu du 14 au 17 octobre à Schaumburg, dans l'Illinois, vient de baisser le rideau. Stern y a dévoilé AC/DC Remastered dans des conditions discutables, plusieurs fabricants ont montré leurs nouveautés et Steve Ritchie, l'un des créateurs les plus influents de l'histoire du flipper, a annoncé à 76 ans son retrait de la conception de machines à pièces.
Sexton pèse plus lourd que le premier critique venu : il connaît de l'intérieur les contraintes qu'il dénonce, les équipes, la chaîne qui mène d'un concept à une machine vendable. Ses propos se vérifient donc, et les faits tranchent en sa faveur sur l'essentiel, contre lui sur quelques cibles.
Sept ans chez Stern et deux machines signées Ritchie
Ancien ingénieur firmware chez IBM, Sexton rejoint l'équipe logicielle de Stern, où il reste environ sept ans, jusqu'à son départ en mars 2025 pour Play Mechanix, société d'arcade dont il est aujourd'hui Senior Software Engineer. Au logiciel d'un flipper moderne reviennent l'architecture des règles, l'enchaînement des modes, le dialogue entre mécanismes, lumières, animations et sons, et la coordination de plusieurs équipes sur une même machine. Un beau plateau n'y suffit pas : les objectifs doivent rester lisibles, la progression tenir le joueur en haleine, les récompenses s'équilibrer.
Son nom figure d'abord au générique de Black Knight: Sword of Rage (2019), où il est crédité au logiciel, avec Steve Ritchie à la conception et Scott Ian, guitariste d'Anthrax, à la musique. Cette machine reprend un univers né sous la plume de Ritchie, dont le Black Knight d'origine date de 1980. Sexton enchaîne avec Led Zeppelin (2020), dont il est lead game developer et dont le designer est, là encore, Steve Ritchie. Il figure ensuite au crédit logiciel de John Wick (2024), aux côtés d'autres développeurs. Deux des machines qui portent sa signature logicielle sont donc des créations de Ritchie, ce qui donne une saveur particulière à ses sarcasmes sur les séminaires consacrés à l'homme.
Sexton a fabriqué des produits, côtoyé des joueurs, subi les arbitrages du secteur : il a le droit d'interroger les méthodes et les choix des fabricants. Ce droit l'oblige. Qui sait à quel point le métier est ardu doit distinguer l'erreur d'une direction, la décision d'une entreprise et le travail d'un créateur.
AC/DC Remastered : un lancement sans machine jouable
Le premier exemple de Sexton touche Stern et son annonce d'AC/DC Remastered pendant le salon. Sur le papier, l'opération cochait toutes les cases : AC/DC reste une licence musicale populaire, et sa première adaptation, signée Steve Ritchie en 2012, figure parmi les titres marquants du catalogue moderne de Stern. L'exécution a boitillé. Stern avait annoncé un dévoilement pour le mercredi 14 octobre, date affichée sur son teaser, avant d'officialiser la machine le jeudi 15. Le communiqué est tombé en fin d'après-midi, heure de l'Est, avec une bande-annonce encore réglée sur privé, et une page de la boutique Stern annonçant une vente All-Access LE le 14 à midi, heure centrale, a été indexée puis retirée, sans que la vente ait lieu.
La machine elle-même n'a été montrée qu'à l'issue de la visite de l'usine Stern. Le grief de Sexton prend corps ici : à quoi bon une annonce tonitruante lors du plus grand rendez-vous du secteur si les visiteurs ne peuvent toucher le produit ? Une vidéo, même léchée, ne restitue ni la fluidité d'un plateau, ni la précision des trajectoires, ni la tenue des premières séquences de règles. Le flipper se joue, il ne se regarde pas. Un fabricant de cette envergure doit un lancement sans faille à des clients qui paient ces prix. La formule de Sexton sur l'absence de machines jouables ne vaut pas pour Stern dans son ensemble, puisque Fallout était jouable et que Sexton le concède lui-même en évoquant les Fallout premium, mais elle vaut pour la machine que Stern mettait en vitrine.
Un remaster facturé 500 dollars sous le jeu neuf
Le prix d'AC/DC Remastered aggrave le cas. La gamme se limite à une Premium à 10 199 dollars (9 499 euros en prix recommandé) et à une Limited Edition à 13 499 dollars (12 499 euros), tirée à 500 exemplaires. La refonte menée par John Borg dépasse le simple coup de peinture : bas du plateau redessiné, trois modes wizard chronométrés (Oi Mania, Thunder Ramps, High Voltage), canon et diverteur de bille refaits, cible tournante sur la boucle de droite, éclairage RGB intégral, huit titres ajoutés à la liste musicale de 2012, passage à la plateforme SPIKE 3 avec un écran de 18,5 pouces. Ce travail est réel et justifie un prix. Reste à savoir lequel.
Fallout, jeu entièrement neuf signé Keith Elwin et annoncé le 3 septembre 2026, six semaines avant AC/DC Remastered, se vend 7 299 dollars en Pro, 10 699 dollars en Premium et 13 999 dollars en Limited Edition, tirée à 770 exemplaires. Le remaster ne coûte donc que 500 dollars de moins que le jeu neuf dans chacune des deux versions, soit environ 4,7 % en Premium et 3,6 % en Limited Edition, et l'écart tombe à 400 euros en prix européens. La machine la moins chère de la gamme AC/DC Remastered revient à 2 900 dollars de plus que l'entrée de gamme de Fallout, soit près de 40 % d'écart. On fait certes de bonnes confitures dans les vieux pots, mais on n'en facture pas le pot au prix du fruit : à 500 dollars du jeu neuf, le remaster demande au collectionneur de payer l'ancien comme l'inédit. Stern doit dire ce que paie chaque dollar de cet écart. Ce grief, Sexton ne le formule même pas.
Trois remasters en trois automnes, des leaders sur les valeurs sûres
Sexton accuse les fabricants de servir à leur clientèle « leftovers in the forms of remasters, remakes, reimaginings and re-releases » (« des restes sous forme de remasters, de remakes, de réinterprétations et de rééditions »). Chez Stern, Metallica Remastered (annoncé le 16 octobre 2024), The Walking Dead Remastered (fin octobre 2025) et AC/DC Remastered (15 octobre 2026) attestent d'une stratégie constante : trois automnes consécutifs, trois remasters, tous attribués à John Borg, avec des éditions limitées à 500 exemplaires pour Metallica comme pour AC/DC. Cette cadence dessine une politique de catalogue où la reprise d'un titre éprouvé remplace le pari. La logique commerciale s'entend : petits volumes, coûts de développement lourds, collectionneurs pointilleux. Elle étouffe pourtant la création.
Le remaster ne pose pas problème en soi. Il tourne à la dérive lorsqu'il s'installe en méthode, que la nouveauté se mesure à l'aune de l'ancien et que le prix efface toute différence entre les deux. Quatre fabricants font le marché : Stern, Jersey Jack Pinball, Spooky et Barrels of Fun. Le Pinball Expo 2026 proposait huit titres jouables : Fallout (Stern), Sonic the Hedgehog (Jersey Jack Pinball), Bon Jovi (Barrels of Fun), Cirqus Voltaire (American Pinball), Tales of the Arabian Nights (Pedretti), Yukon Yeti (Turner), Dungeon Crawler Carl et Ender's Game (Multimorphic). Spooky n'y figure pas. Fallout, Sonic et Bon Jovi sont de vraies machines neuves, mais toutes trois reposent sur une licence extérieure, et Stern complète son salon par un remaster. Les leaders, quand ils ne reprennent pas, empruntent.
Les autres noms de la liste pèsent peu. American Pinball ressuscite Cirqus Voltaire, Pedretti refait Tales of the Arabian Nights, Turner signe Yukon Yeti, dessiné par Dennis Nordman, le designer de White Water (Williams, 1993), dont il est l'héritier spirituel, pensé pour parler aux joueurs de White Water sans en reproduire les règles, et Multimorphic adosse Dungeon Crawler Carl et Ender's Game à des licences. Ces constructeurs, soit anecdotiques par leur poids, soit occupés à regagner une place dans la course, ne proposent rien de franchement original ni de disruptif, mais personne ne leur demande de renouveler le genre. L'obligation incombe à ceux qui tiennent le marché, et ce sont eux qui recyclent. Sur huit machines, trois s'adossent au patrimoine et cinq à une propriété intellectuelle étrangère. Prétendre que l'industrie ne produit plus de nouveautés serait excessif, puisque Fallout ou Sonic sont de vraies machines neuves. Admettre que ses leaders se réfugient volontiers derrière des valeurs sûres, licences et héritages, est en revanche un constat que le programme du salon accrédite, et sur ce diagnostic Sexton a raison.
Elwin érigé en modèle unique
Keith Elwin et son équipe, lance Sexton, devraient animer un atelier de trois heures pour « teach the rest of the industry how to make some games that were enjoyable to play » (« apprendre au reste de l'industrie à faire des jeux plaisants à jouer »). Sous le sarcasme, un fond de vérité : Fallout, jeu neuf, était jouable sur le salon pendant que le remaster attendait au bout d'une visite d'usine, et l'argument le plus fort en faveur de la nouveauté, c'est Stern qui le fournit. Elwin est le designer principal de Fallout, d'Iron Maiden: Legacy of the Beast (2018), de Jurassic Park (2019), de Godzilla (2021) et de Jaws (2024), un enchaînement qui trahit une manière reconnaissable : des trajectoires élaborées, une forte interaction entre les mécanismes et une quête constante de rythme.
Elwin n'est pourtant pas l'étalon unique du flipper contemporain. Le genre n'a jamais progressé grâce à une seule école de conception : Steve Ritchie a bâti une approche fondée sur la vitesse, la circulation et les trajectoires, Pat Lawlor s'est distingué par ses constructions mécaniques, John Borg par ses choix de géométrie, George Gomez par sa façon d'articuler thème, mécanismes et progression. Ériger Elwin en référence universelle appauvrirait cette diversité. Le raisonnement se retourne en outre contre Sexton, qui sait mieux que personne que le plaisir d'une machine ne tient pas au seul dessinateur du plateau : le code, la progression, l'équilibre et l'interaction des systèmes y pèsent autant.
Ritchie tire sa révérence, Sexton ironise
La critique de Sexton s'attaque ensuite à la programmation du salon et ironise sur les séminaires consacrés à des machines anciennes. Parmi les séminaires de jeux, trois renvoient aux années 1990 : le retour de Cirqus Voltaire chez American Pinball, le remake de Tales of the Arabian Nights et Yukon Yeti, héritier de White Water. Tous trois portent sur des machines de 2026. Les autres traitent de Dungeon Crawler Carl et Ender's Game, de Pokémon, de Transformers, de Fallout et de Sonic. L'héritage des années 1990 irrigue donc le salon sans en faire un musée. Sexton raille également le séminaire Sonic, qu'il réduit à une discussion sur la couleur des bras du hérisson, mais un auditoire interroge selon sa curiosité.
Ce séminaire, tenu le vendredi 16 octobre à 20 h 30, a servi de cadre à une date charnière. Steve Ritchie, 76 ans, l'a clos par une dernière annonce : « Sonic is my last coin-operated pinball machine » (« Sonic est ma dernière machine à pièces »). Il a dit vouloir s'installer dans le Nevada pour une vie moins agitée. L'homme derrière Black Knight (1980), High Speed (1986), Terminator 2, Star Trek: The Next Generation et AC/DC (2012), jusqu'à Black Knight: Sword of Rage et Led Zeppelin, a choisi la date et le lieu de son départ. Avec lui se referme une page de l'histoire du flipper, celle d'un concepteur qui a traversé les mutations du marché, les crises de l'arcade et la renaissance du secteur auprès des collectionneurs. Ritchie ne doit pas échapper à la critique, ses créations récentes se jugent avec la même exigence que celles de n'importe quel concepteur, mais disséquer les limites d'un jeu et tourner en dérision une conférence consacrée à son créateur sont deux exercices distincts. Railler le séminaire d'un homme qui y annonce sa retraite manque de tenue, d'autant que réclamer plus de conférences sur le développement contemporain n'oblige nullement à sacrifier celles qui gardent la mémoire du flipper. Autre détail gênant : AC/DC, la machine dont le remaster nourrit toute la colère de Sexton, est une création de Steve Ritchie.
Un témoin qui frappe juste et vise de travers
Sexton offre lui-même une prise facile à ses contradicteurs. Pendant sept ans, il a contribué à bâtir le catalogue Stern, y compris la réinterprétation d'une franchise historique avec Black Knight: Sword of Rage, et le voilà qui fustige une industrie accrochée à ses anciens succès. Crier à la contradiction rédhibitoire serait expéditif : une création bâtie sur une franchise existante diffère d'un remaster, et Black Knight: Sword of Rage apportait son plateau, ses mécanismes et ses règles. Reste que Sexton sait ce que pèsent les licences et ce que coûtent les compromis de production, et ce savoir aurait dû orienter ses coups vers les arbitrages de stratégie plutôt que vers ceux qui dessinent les plateaux. Un remaster est une décision d'entreprise, un lancement raté l'affaire d'une chaîne de services : disponibilité des machines, validation des supports promotionnels, droits de diffusion et choix de communication échappent aux concepteurs.
Une omerta brisée sans la moindre révélation
Parler d'omerta suppose un secret rompu, et Sexton ne révèle rien. Le dévoilement décalé, la bande-annonce privée, la page de boutique retirée et la machine reléguée au bout d'une visite d'usine sont des faits publics. D'un ancien de Stern, on attendait la mécanique interne : comment un calendrier glisse, qui valide une vidéo, en quoi une licence ou la logistique entrave une présentation, comment se fixe le tarif d'un remaster. Il n'en livre aucune, et sa parole libre survient dix-neuf mois après son départ, depuis un poste chez un autre acteur du secteur. Dans un milieu étroit où fabricants, distributeurs, créateurs et public se croisent à chaque salon, le silence a ses raisons, et celui qui le rompt doit apporter ce que les autres taisent. Sexton a brisé le silence sans l'éclairer, en visant ceux qui dessinent les plateaux plutôt que ceux qui arrêtent les annonces. Voilà le crachat dans la soupe : il retourne son expérience contre des créateurs dont le travail a nourri le catalogue qu'il a contribué à bâtir, et laisse intactes les décisions de communication qu'il dénonce.
Des acheteurs à 10 000 dollars qui exigent des comptes
Les acheteurs ne sont plus des exploitants de salles et de bars, pour qui le succès d'une machine se mesurait aux parties payantes. Les collectionneurs particuliers tiennent le haut du pavé : modèles Premium et Limited Edition à plus de 10 000 dollars, accessoires dédiés, relation directe avec une communauté très informée. Ils passent au crible le contenu du plateau, les différences entre versions, l'état du logiciel, les possibilités d'évolution et la justesse du prix, suivent les annonces, comparent les fabricants et débattent en public des choix de développement.
Sur les réseaux sociaux, un teaser fixe des attentes, une fuite nourrit les conjectures, un retard prend l'allure d'une affaire d'État. À mesure que les machines renchérissent, les exigences montent : une présentation ratée érode la confiance, une promesse mal formulée déclenche une polémique, une fonctionnalité annoncée mais absente du logiciel au lancement donne l'impression d'un produit sorti trop tôt. Le développement logiciel postérieur à la commercialisation fait désormais partie de la vie normale d'un flipper connecté, et une mise à jour peut livrer du contenu prévu au calendrier sans réparer un produit défaillant. L'écueil surgit quand le disponible, le à venir et les engagements du fabricant se brouillent. La confiance repose alors sur la qualité de la machine, la rigueur de l'information et la parole tenue.
Un grief fondé noyé dans une charge trop large
Le lancement d'AC/DC Remastered offrait un cas d'école pour interroger la préparation des annonces, le respect des attentes des joueurs et l'écart de prix entre un remaster et un jeu neuf, et le programme du salon confirme la progression des licences et des héritages. En restant là, Sexton gardait un dossier solide. Il élargit le tir aux conférences historiques et aux compétences des autres concepteurs, et cet élargissement affaiblit un réquisitoire qui n'en avait nul besoin. Défendre Stern au seul motif que Sexton en est un ancien serait l'erreur symétrique. Son départ n'ôte rien à la validité de ses critiques, qui valent ce que valent les faits qu'elles portent. Sa carrière lui donne une connaissance réelle de la conception d'un flipper, mais pas le monopole du bon goût ni celui de la définition d'un jeu réussi. Les joueurs se partagent entre vitesse, règles complexes, précision des tirs, innovation mécanique, immersion audiovisuelle et fidélité à une licence, et chaque machine se juge à l'aune de ses propres ambitions.
La position de Pinball Xperience®
Chez Pinball Xperience®, nous tenons Tim Sexton pour fondé sur l'essentiel, et la cible est la bonne. Stern, Jersey Jack Pinball, Spooky et Barrels of Fun forment la locomotive du marché, et chacun a gagné son rang en rompant avec l'ordre établi. Stern s'est bâti sur les cendres de Sega Pinball, concurrent de Bally/Williams, le leader de l'époque. Jersey Jack Pinball a donné un coup de vieux au seul survivant d'alors, avec les écrans LCD et la connectivité. Spooky a forgé une identité très marquée par la façon dont il positionne ses licences. Barrels of Fun mise sur l'ingénierie et la rationalisation de sa production. Quatre lames de fond, et Pinball Xperience® vient de la même veine. Ces locomotives prennent encore des risques, mais elles les prennent sur des valeurs sûres : trois remasters en trois automnes chez Stern, Sonic chez Jersey Jack Pinball, Bon Jovi chez Barrels of Fun, et un lancement d'AC/DC Remastered qui cumule dévoilement décalé, bande-annonce privée, machine visible au bout d'une visite d'usine et remaster facturé 500 dollars sous le prix d'un jeu neuf.
Aux outsiders revenait la disruption, et ils ne l'assurent pas : anecdotiques ou en train de regagner leur place dans la course, ils ne proposent rien de franchement original. Le marché attend donc des leaders ce qu'ils ont eux-mêmes fait une fois, casser les codes. Les fabricants ne sauraient réclamer l'enthousiasme de la communauté tout en comptant sur l'absolution de leurs erreurs, et des acheteurs à plus de 10 000 dollars exigent transparence, cohérence et qualité à proportion de ce qu'ils paient. Sexton aurait pu mettre son expérience au service des processus qu'il connaît : comment naît une décision de développement, comment se bâtissent les calendriers, pourquoi certains projets s'enlisent, comment les fabricants pourraient resserrer leur relation avec les joueurs. Il a préféré viser ceux qui dessinent les plateaux. C'est la locomotive qu'il fallait interpeller : ceux qui ont changé le jeu une fois savent encore le faire, à condition qu'on le leur réclame en visant juste.

L’auteur
LazarvsFondateur de Pinball Xperience. Joueur. Collectionneur. Créateur. Le flipper comme jeu, culture et industrie. PLAY. LEARN. CONNECT.
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